#MacroMémo

Sur notre radar cette semaine

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Chaque semaine, Eric Lascelles, économiste en chef de RBC Gestion mondiale d'actifs, fait le point sur l'actualité économique.


15 octobre - 19 octobre 2018

Turbulences sur les marchés  |  Conditions financières  |  Prévisions du FMI  |  Les imprécisions de l’AEUMC


Turbulences sur les marchés

  • Les marchés boursiers n’avaient pas autant cédé de terrain depuis le début de février, comme en témoignent les baisses de 7 % du S&P 500 et de 5 % du TSX. Veuillez consulter le tableau ci-dessous.
  • Au terme d’une période de gains boursiers anormalement réguliers d’avril à septembre dans un contexte d’enthousiasme inhabituel, il semble que la volatilité qui a marqué février et mars derniers soit de retour. Cette évolution n’est pas surprenante: la volatilité devrait être plus élevée que d’habitude en fin de cycle, surtout que nous sommes en présence de facteurs tels que le resserrement des politiques des banques centrales, l’évolution des conditions d’inflation et les vents du protectionnisme.
  • Soulignons que nous continuons de croire que les actions sont plus susceptibles de progresser que de reculer à partir de ce moment-ci, quoique sans l’enthousiasme ou la grâce des dernières années.
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  • Pourquoi les actions ont-elles fléchi si soudainement et de façon aussi marquée ?
    • Un tissu de théories explique la chute des marchés boursiers.
    • Le principal motif est probablement la hausse abrupte des taux d’intérêt dans les semaines précédentes. Ce sujet est abordé en détail dans la prochaine section de la présente chronique hebdomadaire.
    • Une autre hypothèse fort plausible est la récente révision à la baisse par le FMI de ses perspectives de croissance, ce qui laisse présager un refroidissement de l’enthousiasme envers les facteurs macroéconomiques. Nous y reviendrons aussi dans une autre section.
    • Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine se sont intensifiées, ce qui constitue un risque macroéconomique important.
    • Les marchés boursiers hors de l’Amérique du Nord peinent depuis quelque temps. On peut donc en déduire que les investisseurs nord-américains ne sont pas totalement surpris de cette aggravation.
    • Un ouragan étonnamment puissant aux États-Unis pourrait avoir affolé les marchés.
    • Le mois d’octobre est reconnu pour ses fluctuations boursières importantes: le cours des actions baisse habituellement durant la période qui précède les élections de mi-mandat aux États-Unis, pour se redresser par la suite. On se demande toutefois pourquoi les marchés célèbreraient une possible ascension des démocrates à la Chambre des représentants, étant donné que les républicains ont favorisé les actifs à risque en réduisant les impôts durant le mandat actuel du Congrès.
  • Cependant, reconnaissons qu’il est vain de tenter d’expliquer avec précision comment la situation macroéconomique se répercute sur les marchés.
    • En dépit de cette analyse approfondie, nous devons toutefois admettre que même avec le recul, on ne peut véritablement prétendre expliquer avec exactitude l’évolution des marchés financiers. Même s’il est parfaitement raisonnable de supposer que le revers soudain du marché boursier découle des éléments précités, nous devons aussi reconnaître que nous ne pouvons calculer les effets précis de chacun.
    • En outre, plusieurs de ces facteurs étaient visibles depuis des semaines, voire plus, avant que le marché boursier ne s’en saisisse.
    • Par conséquent, une part de mystère demeure quant à la raison pour laquelle le marché boursier a choisi une semaine en particulier pour se replier aussi fortement.
    • Il s’avère que les marchés financiers connaissent occasionnellement des cercles vertueux ou vicieux, enregistrant des hausses ou des baisses supérieures aux attentes raisonnables alors que chaque changement d’humeur du marché s’appuie sur le précédent.
    • Afin d’illustrer combien il est vain de tenter de déterminer la raison précise des revirements des marchés, imaginons que les actions aient plutôt continué de croître allègrement la semaine dernière. Comment les experts auraient-ils justifié un tel comportement? Probablement en soulignant que l’économie américaine tourne à plein régime, que l’économie mondiale est solide et que la signature de l’accord commercial AEUMC est encore source de satisfaction. La réalité est qu’il y a toujours un mélange d’éléments favorables et défavorables dans l’économie mondiale à tout moment donné, et il est rare qu’un côté l’emporte haut la main sur l’autre.
  • Pourquoi ce repli n’est probablement pas le début de la fin
    • On ne peut jamais se prononcer avec une absolue certitude sur les perspectives des marchés. Toutefois, la présente glissade du marché boursier n’est probablement pas le début de la fin, et ce, pour plusieurs raisons.La croissance aux États-Unis reste excellente, et cela se répercute sur les bénéfices.
    • La croissance mondiale est raisonnable.
    • Les valorisations des actions n’étaient pas excessives compte tenu du contexte plus large. Fait essentiel, les marchés du crédit se maintiennent relativement bien, et ils représentent souvent un baromètre pour d’autres catégories d’actif.
    • Nous croyons que les pays développés se situent à un stade relativement avancé du cycle, mais pas encore à la toute fin de celui-ci.
  • Philosophie de placement en période de perturbations
    • Les épisodes de détresse des marchés boursiers ne sont jamais agréables, mais il y a rarement lieu de paniquer. Les replis comme celui-ci sont habituellement de courte durée, alors que les placements s’inscrivent idéalement dans une démarche à long terme.Les actions progressent beaucoup plus souvent qu’elles ne fléchissent.Il est rare que les flux de bénéfices futurs d’une société diminuent réellement de 5 % ou 7 % en l’espace de quelques jours. Il est peut-être compliqué de déterminer si les attentes étaient trop optimistes au départ ou trop pessimistes après coup, mais les perspectives ne se sont sans doute pas détériorées de façon aussi radicale si rapidement.
    • Mis à part des exceptions admises, il est rarement payant de vendre après un brusque déclin. Il est d’ordinaire préférable de garder le cap (les actions progressent au fil du temps) ou même d’étoffer des positions (puisque les prix des actions sont plus faibles qu’ils ne l’étaient).
    • La plus grande erreur que les investisseurs à long terme peuvent commettre est celle de ne pas investir. La répartition appropriée de l’actif dépend de la personne et de l’étape du cycle, mais le fait de conserver une grande quantité de liquidités est rarement une bonne décision de placement. Pour cette raison, notre Comité des stratégies de placement a récemment recommandé que nous réduisions notre pondération, déjà peu élevée, en liquidités, en investissant sur le marché obligataire maintenant que les taux sont plus intéressants. La répartition de l’actif que nous recommandons pour un portefeuille mondial équilibré continue de surpondérer modestement les actions.

Resserrement des conditions financières

  • Le brusque resserrement des conditions financières durant les dernières semaines est la principale cause de la récente détresse des marchés boursiers (voir le graphique suivant).
    • Bien des facteurs sous-jacents expliquent ce resserrement, mais le principal élément demeure la hausse des taux d’intérêt.
    • Le bond de 8 % du dollar depuis le mois d’avril, après pondération en fonction des échanges commerciaux, est un autre facteur ayant contribué au resserrement des conditions financières, du moins aux États-Unis.
    • Étrangement, la baisse du marché boursier alimente également ces conditions ; évidemment, cela n’explique en rien l’effondrement des actions, mais c’est un peu l’histoire de l’œuf ou la poule ici.
    • La hausse des prix du pétrole ne se reflète pas explicitement dans la plupart des indices des conditions financières, mais il importe de souligner que ces prix ont augmenté de plus de 40 % par rapport à l’an dernier. Les conséquences économiques varient selon le pays, mais à l’échelle mondiale, elles sont négatives.
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  • Il importe que nous nous attardions à la hausse des taux d’intérêt parce qu'elle a été plutôt prononcée et qu’elle est la cause la plus vraisemblable de la récente faiblesse des marchés boursiers.
    • Le taux des obligations américaines à dix ans a plus que doublé en deux ans et a monté en flèche depuis la fin d’août. Évidemment, l’épargnant est bien heureux de récolter un rendement supérieur, mais l’emprunteur doit pour sa part assumer à contrecœur un coût du service de la dette plus élevé. Ce n'est donc pas une coïncidence si les intentions d’achat de maisons aux États-Unis ont diminué.
    • La relation entre les marchés boursiers et les taux des obligations est bien instable. Souvent, lorsque les perspectives économiques s’améliorent, les deux croissent de pair puisque le marché obligataire tient compte des hausses de taux supplémentaires des banques centrales et que le marché boursier jubile à la perspective d’une augmentation des bénéfices des sociétés.
    • Toutefois, il peut arriver qu’une hausse des taux des obligations nuise au marché boursier, comme ce fut le cas dernièrement. Après tout, lorsque les coûts d'emprunt augmentent, a) les prêts aux entreprises coûtent plus cher, b) l’économie globale ralentit quelque peu, c) la valeur des futurs bénéfices d’une société sera moindre du fait de la progression du taux d’actualisation et d) les obligations deviennent plus attrayantes que les actions.
    • Afin de démêler les récentes hausses des taux obligataires (voir le prochain graphique), il faut souligner que la majeure partie des hausses survenues durant le dernier mois ne découle pas des attentes envers une position plus ferme des banque centrales (en fait, un peu – voir le tracé gris) ou du relèvement des prévisions d’inflation (tracé brun), mais plutôt d’un bond de la prime de terme (tracé doré).
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    • La prime de terme est la mystérieuse valeur résiduelle de l’obligation, qui s’observe indirectement et dont les fluctuations répondent davantage aux perturbations de l’offre et de la demande qu’à une logique macroéconomique. Alors que les attentes envers une position plus ferme des banques centrales s’associent généralement à une amélioration des perspectives de croissance et que la hausse de l’inflation a été plutôt contenue jusqu’à maintenant, une augmentation de la prime de terme ne fait que freiner la croissance. Ainsi, la récente hausse des taux obligataires s’appuie davantage sur de « mauvaises » raisons, plutôt que sur des raisons « sans conséquence » ou « bonnes ».
    • De plus, comme la prime de terme est anormalement restreinte par rapport aux normes passées, même après son récent bond, on ne peut pas présumer que la dernière augmentation sera forcément suivie d’une baisse, surtout à un moment où la Fed vend activement des obligations.
  • Si l’on revient aux conditions financières en général, le resserrement actuel annonce la formation d’obstacles à la croissance économique. Ceux-ci, de pair avec le protectionnisme États-Unis–Chine et l’atténuation de l’effet stimulateur des baisses d’impôt aux États-Unis, expliquent globalement nos prévisions de ralentissement (généralement inférieures aux prévisions générales) de la croissance du PIB en 2019.

Perspectives semestrielles du FMI

  • Révision à la baisse des prévisions de croissance
    • Le FMI a publié ses plus récentes perspectives économiques, qui comprennent sa première réduction des prévisions de croissance mondiale depuis juillet 2016. Les perspectives de croissance du PIB pour 2018 et 2019, qui étaient de 3,9 % dans les deux cas, ont été abaissées à 3,7 %, ce qui concorde avec le taux de la croissance réalisée en 2017. Ainsi, ce n’est pas que l’on croit que la croissance commencera désormais à décliner, mais plutôt que l’accélération n'est plus au rendez-vous.
    • Les prévisions pour plusieurs pays émergents, dont la Chine et l’Inde, ont été revues à la baisse, tout comme celles pour la zone euro, le Royaume-Uni et les États-Unis.
    • La croissance prévue aux États-Unis en 2019 s’établit maintenant à 2,5 % plutôt qu’à 2,7 %. Soulignons que notre prévision pour les États-Unis est également de 2,5 %.
    • Les perspectives de croissance de l’économie canadienne ont été maintenues à 2,1 % pour 2018 et à 2,0 % pour 2019. Nos prévisions s’établissent à 2,0 % et à 1,5 %.
    • Le FMI a énuméré plusieurs raisons pour expliquer la réduction de ses prévisions de croissance. L’affaiblissement des données économiques en est une. Une autre raison est le resserrement des conditions financières, que nous avons abordé dans la section précédente. Un troisième facteur est l’incertitude entourant les politiques publiques, notamment en ce qui concerne les échanges commerciaux et la politique monétaire.
    • Par ailleurs, le FMI a reconnu que les risques qui pèsent sur ce scénario de référence ne sont pas équilibrés, mais plutôt orientés à la baisse de façon asymétrique.
    • Pourquoi nous en soucions-nous? Pas parce que le FMI est particulièrement prompt à mettre à jour ses prévisions. Au contraire, il procède plutôt avec lenteur. Cependant, son analyse et sa modélisation sont de très grande qualité, et il est considéré en quelque sorte comme le prévisionniste mondial officiel. Par conséquent, les marchés réagissent encore lorsque le FMI ajuste ses prévisions, même si les économistes du secteur privé ont depuis longtemps révisé leurs propres perspectives.
  • Thèmes divers
    • L’économie après une décennie: Le FMI décèle encore des pertes de production durables qui découlent de la crise financière. Les économies n’ont pas renoué avec les niveaux qu’elles auraient atteints si la crise n’avait pas eu lieu. Évidemment, les capacités excédentaires ont disparu, mais une partie de la croissance de la productivité a été gaspillée en cours de route. Le FMI souligne que les pays les plus durement touchés ont été ceux qui affichaient une situation budgétaire précaire lorsque la crise a débuté et ceux qui ont des taux de change fixes.
    • Le système financier après une décennie: Le FMI conclut que le système financier mondial se porte mieux qu’avant la crise, étant donné la réduction de la taille du secteur bancaire parallèle et le renforcement de la surveillance. Cependant, du fait des pressions sur les marchés émergents et des tensions commerciales, les risques à court terme qui pèsent sur la stabilité financière ont quelque peu augmenté dernièrement. Les risques à moyen terme sont liés à l’endettement des sociétés non financières dans les pays développés, et aux emprunts extérieurs au sein des pays émergents.
  • État d’esprit lors des réunions du FMI: Lors des réunions du FMI en Indonésie, les représentants ont été d’une humeur maussade, étant préoccupés par le protectionnisme et la stabilité financière. En revanche, les investisseurs sont restés plutôt enjoués. On ne sait encore qui aura raison en fin de compte, bien que le recul récent du marché boursier donne à penser que les investisseurs sont ceux qui reconsidèrent leur point de vue.

Les imprécisions de l’AEUMC

  • Il y a deux semaines, nous avons parlé des grandes lignes du nouvel accord commercial conclu par les États-Unis, le Mexique et le Canada, soit l’AEUMC. En un mot, nous estimons que cet accord est sans doute un peu moins favorable au commerce que ne l’était le précédent, mais qu’il est tout de même meilleur que ce que nous pensions. Le secteur automobile fait maintenant face à quelques obstacles de plus, mais dans l’ensemble, le texte a été modernisé et quelques entraves mineures au commerce (comme la gestion de l’offre au Canada) ont été levées en partie. De façon générale, l’incertitude est dissipée, ce dont il y a lieu de se réjouir.
  • Il importe maintenant de clarifier quatre points obscurs de l'accord commercial.
  • Manipulation des devises
    • Après la signature de l’accord, des rumeurs laissaient entendre que les gouvernements canadien et mexicain avaient abandonné le contrôle de leurs taux de change, voire même de leur politique monétaire, la preuve étant la présence d’un chapitre sur les politiques macroéconomiques et les taux de change, où figurait la promesse de s’abstenir de toute dévaluation concurrentielle.
    • Dans la mesure où cette notion n’a jamais été véritablement définie, on pourrait faire valoir qu’une banque centrale qui baisse ses taux d’intérêt procède à une dévaluation concurrentielle, puisque la devise du pays tend à se déprécier dans ces circonstances. Si cette stratégie est interdite, est-ce à dire que les trois pays sont maintenant liés par une espèce d’union monétaire?
    • Loin de là, et ce, pour plusieurs raisons.
    • Premièrement, les règles s’appliquent de manière symétrique aux trois pays. Les États-Unis n’auraient certainement pas signé un accord qui laisse le Mexique ou le Canada s’ingérer dans sa politique monétaire ou agir sur la valeur du dollar américain.
    • Deuxièmement, le chapitre en question n’est pas contraignant. Certes, il prévoit la création d’un comité et d’un système de règlement des différends. Cependant, la seule raison pour laquelle un pays peut déposer une plainte est la publication, par les autres signataires, de statistiques diverses, et non pas ce que ceux-ci feront de leur taux de change.
    • Troisièmement, les banques centrales sont explicitement soustraites de l'application des dispositions prévues au chapitre. Étant donné que ce sont les banques centrales qui établissent les politiques monétaires et qu’elles interviennent parfois sur le marché des changes, il faut conclure que les règles ne s'appliqueraient pas à ceux-là mêmes qui pourraient y contrevenir.
    • Quatrièmement, le chapitre s'appuie largement sur une entente semblable de non-manipulation des taux de change conclue par les membres du FMI. Autrement dit, les trois pays se sont déjà engagés auprès du FMI à ne pas user d’une telle stratégie.
    • Cinquièmement, même s’il est demandé aux pays de s'abstenir d’intervenir sur le marché des changes, cette contrainte n’est pertinente que si un pays recourt à la dévaluation concurrentielle. En général, une mesure de ce type sert à stabiliser un taux de change qui fluctue grandement, et au sens strict, il s'agirait dans ce cas d’une intervention autorisée (quoique rarement utilisée).
  • Interdiction de conclure un accord commercial avec la Chine
    • En vertu d’une nouvelle clause de l’AEUMC, un pays qui souhaite conclure un accord commercial avec une « économie non marchande » telle que la Chine doit en informer ses partenaires. Dans le pire des cas, le pays pourrait carrément être expulsé de l’AEUMC.
    • Cette clause est manifestement dirigée contre la Chine, qui est en conflit avec les États-Unis et qui représente de loin l’économie non marchande la plus importante au monde.
    • Chose certaine, il s’agit d’un pas en arrière pour le libre-échange, mais en pratique, la nouvelle clause ne change pas complètement la donne.
    • Premièrement, l’AEUMC autorise déjà n’importe quel pays à s’en retirer, peu importe la raison, moyennant un préavis de six mois. Même si la clause en question porte plutôt sur l’expulsion d’un pays, il faut retenir que sans les États-Unis, l’AEUMC ne serait pas viable. Par conséquent, même si la clause n’existait pas, les États-Unis pourraient se retirer de l’accord et en signer l’arrêt de mort s’ils désapprouvent les éventuels partenaires commerciaux d’un autre pays.
    • Deuxièmement, à titre d’exemple, le Canada s’est heurté à un refus de la Chine lors de ses démarches de négociation commerciale avec ce pays. Quant à l’Australie, il aura fallu près de 10 ans pour que ses négociations avec la Chine aboutissent. Force est donc de constater que l’entente entre le Canada et les États-Unis n’a rien de spectaculaire et que la nouvelle restriction n’y change rien.
    • Troisièmement, le monde commence à s’intéresser davantage à la compétitivité de la Chine et tente de distinguer ce qu’elle a gagné honnêtement de ce qu’elle a obtenu par des règles inéquitables sur les coentreprises, la propriété intellectuelle et la conduite des sociétés d’État. Quel pays voudrait conclure un accord de libre-échange ordinaire avec la Chine si elle ne fait pas d’abord des efforts pour respecter les règles du jeu? Il serait tout à fait improbable que le Canada puisse faire pression sur la Chine à cet égard, mais les États-Unis le peuvent.
    • Quatrièmement, la clause n’empêche pas explicitement la conclusion d’un accord commercial avec la Chine, mais plutôt avec une économie non marchande. Si le pays est confiné à cette catégorie pour l’instant, il pourrait devenir admissible à un accord commercial d’ici quelques dizaines d’années à condition de régler les doléances internationales mentionnées plus tôt.
    • Cinquièmement, si la Chine parvenait à négocier un accord avec l’un des pays de l’AEUMC, ses produits entreraient sur le reste du marché, par des moyens détournés et sans droits de douane. Idéalement, les trois pays concluraient simultanément un accord commercial avec la Chine.
  • Clause de temporisation
    • L’AEUMC comporte une clause de temporisation qui représente certes un recul, mais qui est moins grave qu’il n’y paraît.
    • Tout d’abord, la période visée est assez longue: le mécanisme d’examen ne pourra pas mettre fin à l’AEUMC, du moins pour les 16 prochaines années. Par conséquent, et à moins d’une sérieuse opposition, l’accord devrait toujours rester en vigueur pendant une période de 10 à 16 ans, puisque la durée peut être rétablie à 16 ans tous les six ans.
    • Ensuite, les examens réguliers représentent des occasions de moderniser, voire de renforcer les relations commerciales, d’autant plus que le premier examen aura lieu après la présidence de Donald Trump.
    • Enfin, rappelons que n’importe quel pays peut se retirer de l’AEUMC à tout moment moyennant un préavis de six mois. Par conséquent, même si une clause de temporisation de 16 ans semble avoir de bons fondements, elle n’a rien de contraignant. La clause la plus inquiétante demeure celle du préavis de six mois qui, soulignons-le, est un vestige de l’ALENA original.
  • Le secteur de la finance a-t-il été ouvert ?
    • Dès la conclusion de l’AEUMC provisoire, certains ont affirmé que le Canada venait d’ouvrir davantage son secteur de la finance à la concurrence étrangère.
    • Dans le cadre de l’accord, les trois États ont promis de traiter les investisseurs étrangers du secteur de la finance et les institutions financières étrangères de la même façon qu’ils traitent leurs propres investisseurs et institutions financières.
    • Toutefois, la modification est moins importante qu’il n’y paraît, et les grandes banques en viennent à la conclusion que le contexte concurrentiel n’a pas notablement changé.
    • N’oublions pas que, depuis longtemps, le Canada ne pose pas de restriction explicite à la propriété des banques. La principale restriction tient plutôt à la règle du grand nombre d’actionnaires, qui empêche tout investisseur, qu’il s’agisse d’une personne prospère ou d’une banque étrangère, d’acquérir un pourcentage de participation dans une grande banque canadienne qui s’approche un tant soit peu de la majorité.
    • De plus, il s’avère que le marché canadien est généralement peu attirant pour les concurrents étrangers, étant saturé par les activités des acteurs nationaux.
  • Finalement, notons que quelques-uns des aspects particuliers de l’accord dont il est question ici donnent l’impression que celui-ci ratisse un peu plus large que ne le ferait un simple accord de libre-échange. Ainsi, les unions douanières se caractérisent par l’obligation qui est faite à tous les pays membres de négocier ensemble de nouveaux accords commerciaux avec des tiers, obligation que rappelle un peu la disposition visant la Chine. De plus, la disposition sur la manipulation des devises noue entre les pays, du moins à première vue, des liens un peu plus étroits, comme le ferait une union monétaire (dont la première étape consiste à maintenir les fluctuations des devises dans une fourchette qui diminue constamment avant que les devises en forment ultimement une seule). Cela dit, il ne faut pas en déduire qu’une union monétaire aura lieu, mais plutôt que l’AEUMC est, à certains égards, un accord commercial de prochaine génération.

Et pour finir...

  • Le candidat d’extrême droite, M. Bolsonaro, est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle au Brésil. Il a de bonnes chances de remporter la victoire finale. Le candidat a promis qu’il lutterait contre la corruption et abaisserait les impôts, une perspective qui a enthousiasmé le marché. Toutefois, sa ressemblance avec d’autres dirigeants autoritaires représente un risque pour le pays.
  • La saison des ouragans bat son plein aux États-Unis, Florence et Michael ayant causé d’importants dommages dans le pays. Pour le moment, les ouragans ne devraient pas avoir de répercussions économiques notables sur le PIB des troisième et quatrième trimestres. Cependant, des données et des analyses additionnelles sont nécessaires.
  • Aux États-Unis, l’inflation a un peu baissé au cours des derniers mois, comme nous l’avions prévu. La première hausse des prix du pétrole est maintenant presque entièrement prise en compte dans l’IPC annuel. La tendance de l’inflation se maintient dans une fourchette de 2,0 % à 2,5 %, ce qui nous paraît logique vu que l’économie américaine tourne à plein régime. Nous croyons que l’inflation pourrait augmenter légèrement par rapport à son niveau actuel, en partie parce que le taux de chômage continue de reculer et en partie parce que les prix du pétrole ont récemment repris leur ascension.



1 octobre - 5 octobre 2018

ALENA = AEUMC  |  Données


24 septembre - 28 septembre 2018

Prévisions à contre-courant concernant le Canada  |  Le point sur le Brexit  |  Aperçu du programme de la Réserve fédérale


17 septembre - 21 septembre 2018

Élections de mi-mandat  |  influence du secteur de l’énergie aux É.-U


10 septembre - 14 septembre 2018

Webémission  |  produits laitiers, salaires  |  échanges commerciaux  |  et bien plus


4 septembre - 7 septembre 2018

ALENA  |  Relations É.-U.-Chine  |  Autres sujets


27 août - 31 août 2018

Percée en matière commerciale  |  Conférence de Jackson Hole  |  Distorsion des signaux de récession


20 août - 24 août 2018

Relance de la productivité  |  crises des marchés émergents  |  autres sujets


13 août - 17 août 2018

Cycle économique  |  Perspectives de consommation  |  Compétitivité du Canada  |  Tarifs douaniers  |  et plus encore


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