#MacroMémo

Sur notre radar cette semaine

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Chaque semaine, Eric Lascelles, économiste en chef de RBC Gestion mondiale d'actifs, fait le point sur l'actualité économique.


15 au 19 janvier 2018

Webémission mensuelle sur l’économie  |  Du nouveau concernant le protectionnisme  |  Le point sur le Brexit  |  Nouvelle baisse des risques posés par la Corée du Nord  |  La guerre et le marché boursier


Webémission mensuelle sur l’économie

Du nouveau concernant le protectionnisme

  • Au cours des derniers jours, les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis ont pris un tour intéressant.
  • Le Canada a décidé de ne plus se laisser faire et a déposé une plainte contre les États-Unis auprès de l’Organisation mondiale du commerce pour contester près de 200 pratiques commerciales. Certaines d’entre elles concernent uniquement le Canada, mais une bonne partie touche d’autres pays. À cet égard, la démarche sort vraiment de l’ordinaire, d’autant plus qu’elle est entreprise au moment même où le Canada est engagé dans les négociations sur l’ALENA avec le Mexique et les États-Unis. Pourquoi avoir déposé cette plainte ? Probablement pour trois raisons :

o   Premièrement, un grand nombre de ces pratiques commerciales américaines sont effectivement discutables d’un point de vue légal et elles sont mises en œuvre à un rythme qui va en s’accélérant.

o   Deuxièmement, la décision montre aux États-Unis que le Canada ne se laissera pas intimider par les menaces ou les mesures de protectionnisme. Elle pourrait même viser à inciter les États-Unis à se chercher un autre adversaire. Après tout, il est très étonnant que le Canada soit la cible de la politique commerciale des États-Unis, puisqu’il représente très exactement 0 % du déficit commercial de ce pays.

o   Troisièmement, la plainte est peut-être le signe que le gouvernement canadien est de plus en plus résigné ; il réalise que l’abrogation de l’ALENA constitue un risque réel et que si elle se produit, le fait d’avoir déjà présenté un dossier à l’OMC sera utile, vu la lenteur de ses procédures, car c’est là que les futurs litiges commerciaux seront réglés.

  • Bien entendu, la démarche du Canada pourrait aussi échouer lamentablement et provoquer une réaction hostile.
  • Autre nouvelle intéressante, des sources anonymes au Canada et aux États-Unis sont d’avis que le président Trump déclenchera le processus de retrait de l’ALENA. À première vue, ce n’est pas une bonne nouvelle. Cependant, ce n’est pas aussi négatif qu’on pourrait le croire.

o   L’avis d’annulation de l’ALENA ne signe pas l’arrêt de mort de l’accord. Au contraire, il marque le début d’une période de réflexion de six mois, après laquelle les États-Unis peuvent choisir de se retirer de l’accord. Ils ne sont toutefois pas tenus de le faire. L’annonce du retrait des États-Unis pourrait être une simple tactique de négociation, ouvrant la porte à diverses possibilités à la fin de la période de six mois.

o   Les experts juridiques ne sont pas encore certains que le président ait le pouvoir de déclencher à lui seul le retrait de l’ALENA. Les républicains du Congrès sont largement défavorables à une telle décision et disposent d’une marge de manœuvre considérable pour en retarder ou même en annuler les conséquences pratiques.

  • En fait, nous avons récemment relevé la probabilité que nous attribuons à la survie de la version actuelle de l’ALENA, compte tenu des trois éléments suivants :

o   Pendant l’automne, les négociateurs ont réalisé de légers progrès sur le plan technocratique, indiquant que du point de vue des États-Unis, le démantèlement de l’ALENA n’est pas inévitable.

o   Grâce à sa victoire dans le dossier de la réforme fiscale, il n’est peut-être plus aussi nécessaire pour M. Trump de remporter un autre succès pour satisfaire ses partisans, d’autant plus que les retombées économiques d’une abrogation de l’accord sont incertaines et que la plupart des Américains désapprouvent une telle mesure.

o   Plus M. Trump attend avant de torpiller l’ALENA, plus l’accord a de chances d’être maintenu, et ce, pour deux raisons : le délai montre que le président est prêt à envisager d’autres options et les élections de mi-mandat, qui approchent à grands pas, compliquent la situation.

  • Actuellement, nous estimons à 35 % la probabilité d’une suppression de l’ALENA (elle avait atteint un pic de 45 % à l’automne) et à 40 % celle d’un maintien sans changement (mais sans éliminer la possibilité que les États-Unis émettent un préavis d’annulation qui ferait durer le suspense). La probabilité que les exigences des États-Unis soient intégrées à l’ALENA est évaluée à 5 % et celle d’une modernisation technocratique, à 20 %.
  • Rappelons que selon notre estimation, l’élimination de l’ALENA entraînerait une contraction des PIB du Canada et des États-Unis de 0,8 % et de 0,4 % respectivement.

Le point sur le Brexit

  • Les négociations sur le Brexit ont quelque peu progressé à la fin de 2017, en particulier en ce qui a trait à l’entente de divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE), par exemple le paiement de 50 milliards d’euros pour régler les factures dues au continent. En revanche, l’entente visant à éviter le rétablissement d’une véritable frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord reste teintée d’incertitude, car l’« alignement réglementaire » nécessaire (et promis) entre les deux camps remplacerait une bonne part des lois britanniques par les édits de Bruxelles, ce qui n’est pas compatible avec l’un des objectifs principaux du Brexit.
  • L’étape suivante, c’est-à-dire la négociation de la relation future entre les deux camps, s’annonce encore plus ardue. Le Royaume-Uni tient toujours à la libre circulation des biens et des services, tout en conservant la main haute sur l’immigration et les lois. Cette combinaison semble de moins en moins probable, l’UE ayant à maintes reprises déclaré que le Royaume-Uni n’obtiendra pas un accord sur mesure ; l’UE refuse surtout d’accorder au Royaume-Uni une entente de faveur qui pourrait inciter d’autres pays à se retirer de l’Union.
  • Parmi les options existantes, le modèle « canadien » semble le plus susceptible d’être retenu, dans la mesure où il n’obligerait pas le Royaume-Uni à harmoniser une grande partie de ses lois avec l’UE ou à contribuer au budget de cette dernière (contrairement aux modèles norvégien et suisse), qu’il n’exigerait pas la libre circulation des personnes (contrairement au modèle suisse) et qu’il n’empêcherait pas le Royaume-Uni de conclure de nouvelles ententes commerciales avec d’autres pays (contrairement au modèle d’union douanière de la Turquie).
  • Le modèle canadien ne prévoit malheureusement pas grand-chose en ce qui concerne le libre échange de services. Or, il s’agit de l’une des priorités du Royaume-Uni, étant donné la taille gigantesque du secteur financier du pays et le fait que Londres soit considérée comme la capitale financière de l’Europe.
  • Il existe d’autres scénarios plus compliqués, comme la tenue d’un second référendum (dont le résultat serait favorable à l’UE, selon les tendances actuelles), une élection qui porterait au pouvoir un gouvernement travailliste moins axé sur le Brexit, ou encore une entente de sortie factice qui ressemblerait beaucoup à une adhésion complète à l’UE. La nouvelle exigence, selon laquelle tout accord sur le Brexit doit faire l’objet d’un vote par le parlement, intensifie l’incertitude, surtout compte tenu de la rébellion récente de certains députés conservateurs.
  • Nous continuons de prévoir un nouveau coup dur pour l’économie britannique et soulignons la possibilité que la croissance de son PIB soit inférieure aux prévisions générales au cours des prochaines années. Cette situation sera attribuable en partie au Brexit lui-même, mais aussi à l’incertitude qu’il provoque entre-temps.
  • On observe déjà un nombre croissant de signes de difficultés économiques. De tous les grands pays industrialisés, le Royaume-Uni est le seul à ne pas tirer parti de l’expansion économique synchronisée actuellement en cours à l’échelle mondiale. Les dépenses de consommation, qui avaient initialement tenu le coup en raison du recul des taux d’épargne, sont maintenant en baisse. Les investissements des entreprises diminuent également. Cette situation est en partie occultée par la robustesse des échanges commerciaux attribuable à la dépréciation de la livre sterling, mais celle-ci se traduit à son tour par une remontée de l’inflation qui vient réduire le pouvoir d’achat.
  • Grosso modo, la croissance de l’économie britannique est déjà inférieure d’environ 1 % à sa trajectoire hypothétique, et elle pourrait ralentir d’encore 1 % à 2 % à cause du Brexit.

Nouvelle baisse des risques posés par la Corée du Nord

  • Nous sommes d’avis depuis un bon moment que le risque d’une guerre entre la Corée du Nord et les États-Unis est assez faible et n’est pas sensiblement plus élevé qu’il l’était il y a une ou deux décennies.
  • ·Cette opinion découle principalement d’une application relativement simple de la théorie des jeux, qui est présentée dans la figure ci-dessous.
  • ·En résumé, la Corée du Nord n’a pas vraiment le goût de se lancer dans une guerre qui entraînerait une riposte dévastatrice des États-Unis et de leurs alliés. Les États-Unis sont peut-être tentés de déloger les dirigeants nord-coréens dans une ultime tentative pour empêcher le pays d’acquérir des armes nucléaires pouvant être jumelées à des missiles balistiques intercontinentaux. Toutefois, il est sans doute trop tard pour stopper cette percée technologique et la réaction de la Corée du Nord à une éventuelle attaque se solderait par des centaines de milliers de décès dans les pays alliés, ce qui serait un tribut inacceptable. Les deux pays sont donc emprisonnés dans une relation invariablement antagonique.
  • ·Le risque d’éclatement d’une guerre, qui était déjà faible, vient encore de diminuer à la suite de deux événements survenus cette semaine. Premièrement, la Corée du Nord s’est engagée à envoyer des athlètes aux Jeux olympiques d’hiver qui se tiendront en Corée du Sud. Deuxièmement, les deux pays coréens ont convenu d’amorcer des négociations officielles. Bien que nous ne nous attendions pas à ce que celles-ci donnent des résultats appréciables, la bonne volonté dont elles témoignent abaisse le niveau d’animosité.

La guerre et le marché boursier

  • On accorde souvent beaucoup d’attention au rendement moyen historique à long terme des marchés boursiers d’un pays lorsqu’on s’efforce d’en déterminer les perspectives d’avenir. Évidemment, des ajustements sont nécessaires pour tenir compte, entre autres, de l’évolution des régimes d’inflation et des fluctuations du potentiel économique.
  • Cependant, un élément majeur est souvent oublié lors de l’établissement de projections en fonction du passé : l’effet de la guerre sur le marché boursier d’un pays. Nous ne faisons pas allusion au coup de pouce que les États-Unis ont notamment reçu à plusieurs reprises lorsqu’ils ont accru les dépenses publiques et les investissements en raison d’une guerre, mais plutôt aux dégâts importants que la guerre dans un pays peut causer à ses infrastructures, ses sociétés et son économie.
  • Habituellement, ceux qui abordent ce sujet veulent souligner que les États-Unis ont été exceptionnellement chanceux de ne pas avoir connu de guerre chez eux au cours du dernier siècle. Ils sous-entendent ainsi que les gains obtenus par les marchés boursiers américains pendant cette période ont été artificiellement gonflés par cette chance. À titre comparatif, les rendements des actions européennes ont été, en moyenne, à peine supérieurs à la moitié de ceux obtenus par les actions américaines depuis 1900.
  • Nous soutenons en fait le point de vue contraire, et ce, pour deux raisons.
  • D’abord, les guerres devraient en toute logique être moins fréquentes dans l’ère moderne, étant donné l’augmentation des initiatives de défense mutuelle comme l’OTAN, l’intégration des chaînes d’approvisionnement (et, de façon plus générale, la mondialisation) et le déclin de la colonisation.
  • De plus, des données empiriques étayent maintenant cette affirmation. Comme l’indiquent Hathaway et Shapiro dans leur livre intitulé « The Internationalists », la probabilité qu’un État soit conquis est passée d’une fois dans une vie avant 1948 à une ou deux fois dans un millénaire après 1948.
  • Autrement dit, l’exception au cours du dernier siècle n’a pas été le niveau élevé des rendements boursiers des États-Unis, mais peut-être la faiblesse des rendements boursiers de l’Europe. Voilà une hypothèse fascinante.



8 au 12 janvier 2018

Regard sur les placements mondiaux  |  L'économie canadienne se tend  |  Aperçu de l'élection en Italie  |  Le point sur la situation en Iran


18 décembre - 22 décembre 2017

La Fed est plus ferme qu’il le semble  |  Incertitude liée à la Banque du Canada  |  Aux États-Unis, la réforme fiscale a le vent dans les voiles  |  Élection en Catalogne


11 décembre - 15 décembre 2017

Les risques de crédit s’amenuisent en Chine  |  Prévisions axées sur l’élan  |  La cible de niveau des prix fait de nouveau parler  d’elle


20 novembre - 24 novembre 2017

Aperçu des élections de mi-mandat aux États-Unis  |  Faible volatilité des marchés  |  Signification de l’aplatissement de la courbe des taux


13 novembre - 17 novembre 2017

Risques importants  liés à  l’Arabie saoudite  |  Réformes financières en Chine  |  Poussée inflationniste à venir


6 novembre - 10 novembre 2017

Webémission mensuelle sur l’économie  |  Un nouveau président pour la Fed  |  Nouvelles de la réforme fiscale des États-Unis  |  Fracture de l’Europe  |  Données macroéconomiques


30 octobre - 3 novembre 2017

Enquête sur la corruption aux  États-Unis  |  Aperçu du programme de la Réserve fédérale  |  Revue de la Banque du Canada  |  Statistiques


23 octobre - 27 octobre 2017

Prochain président de la Réserve fédérale  |  Congrès du parti communiste en Chine  |  Prochaine décision de la BdC  |  Modification des règles canadiennes sur les prêts hypothécaires  |  Varia


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