#MacroMémo

Sur notre radar cette semaine

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Chaque semaine, Eric Lascelles, économiste en chef de RBC Gestion mondiale d'actifs, fait le point sur l'actualité économique.


16 avril - 20 avril 2018

Souvenir des risques budgétaires  |  Le point sur la situation géopolitique  |  Avant-goût de la décision de la Banque du Canada


Souvenir des risques budgétaires

  • Au lendemain de la crise financière mondiale, le surendettement était une préoccupation pour tous. La dette du secteur privé a joué un rôle déterminant dans le déclenchement de la crise, dont les ravages ont entraîné une hausse massive de la dette du secteur public. S&P a abaissé la cote du gouvernement fédéral américain. L’Europe a traversé péniblement une grave crise de la dette souveraine.
  • Récemment, les frictions et les risques associés au surendettement ont toutefois disparu du débat public, à part de rares exceptions (par exemple, la dette de la Chine). Les exemples suivants donnent un aperçu du niveau de complaisance actuel.
    • Le déficit budgétaire et la dette publique des États-Unis ont été à peine évoqués lors de la dernière campagne présidentielle, qui s’est avérée très différente des élections précédentes à ce sujet.
    • Le taux des obligations d’État grecques à 2 ans était récemment inférieur à celui des obligations américaines de même échéance, ce qui aurait été inimaginable il y a quelques années à peine.
    • Les baisses d’impôt récentes aux États-Unis ont eu beau susciter de nombreuses discussions, il a très peu été question des répercussions d’un accroissement considérable de la dette publique.
  • En réalité, l’endettement dans le monde continue de s’alourdir, tant dans le secteur gouvernemental que parmi les entreprises et les ménages (voir le premier graphique).
  • Précisons qu’un sentiment de calme n’est pas tout à fait inapproprié. En raison de la faiblesse des taux d’intérêt, même une dette importante se révèle étonnamment abordable. Par exemple, même si la dette publique des États-Unis atteint un sommet pour l’ère moderne, ce n’est que tout récemment que la part du PIB devant être consacrée au service de la dette a augmenté modestement par rapport à son creux de l’ère moderne. Bien que les circonstances ne soient pas les mêmes, il convient de souligner que le Japon s’est tiré d’affaire malgré une dette publique beaucoup plus élevée, sans que le marché s’en plaigne.
  • Les taux d’intérêt dans le monde ont commencé à grimper en raison de l’élimination des programmes d’assouplissement quantitatif et de quelques autres facteurs influant sur l’évolution des taux. Quelle sera l’incidence de la dette publique au fil du temps ?
    • À court terme (entre un et deux ans), la dette publique restera largement abordable, même si les taux d’intérêt commencent à grimper, compte tenu du décalage considérable avec le moment où la hausse des taux se répercute sur les coûts d’emprunt, soit à l’arrivée à l’échéance des titres de créance.
    • À moyen terme (entre trois et dix ans), la dette publique devient sensiblement plus chère, moins parce que l’endettement ou les taux d’intérêt augmentent, que parce que l’augmentation récente des taux se répercute sur une part croissante des titres de créance en circulation à mesure qu’ils arrivent à échéance. Dans la plupart des cas, la solvabilité ne pose toutefois pas vraiment problème.
    • À long terme (entre 10 et 50 ans), la situation commence à se corser. Compte tenu des incertitudes pour une si longue période, il est inévitable que les projections soient imprécises. Selon le FMI, le ratio dette publique/PIB pourrait pratiquement doubler dans de nombreux territoires. Diverses raisons expliquent cette évolution, la principale étant le fait que le point de départ des déficits structurels est exacerbé par la détérioration de la situation démographique. Quelles seraient les retombées d’un tel événement aux États-Unis ?
      1. Comme au Japon, les marchés pourraient faire fi du niveau élevé de la dette. Les taux obligataires pourraient ainsi demeurer faibles, mais la marge de manœuvre budgétaire serait restreinte.
      2. Les marchés pourraient soudainement prendre conscience de l’évolution indésirable de la dette publique, ce qui provoquerait une hausse subite des coûts d’emprunt aux États-Unis et rendrait nécessaires des mesures d’austérité dommageables pour l’économie.
      3. Enfin, les marchés pourraient se montrer graduellement plus préoccupés par la situation, ce qui donnerait aux politiciens une marge de manoeuvre suffisante pour régler le problème sans plonger l’économie américaine dans une récession.
    • Quel est le scénario à long terme le plus probable ? Tous sont envisageables, mais le premier – un accroissement persistant de la dette des États-Unis sans que rien ne soit fait à son sujet – semble le plus vraisemblable. Ce scénario peut paraître favorable, mais ce n’est pas le cas, compte tenu de la diminution graduelle de la marge de manœuvre budgétaire au fil du temps.
  • Par ailleurs, bien que nous ayons récemment vanté les avantages de l’économie américaine et déploré les problèmes de l’économie canadienne sur le plan de la compétitivité et de l’habitation, prenons un moment pour examiner la situation dans une perspective à long terme. Les États-Unis puisent allègrement dans leurs « fonds d’urgence » pour maintenir la robustesse récente de leur économie (déficit budgétaire équivalant à 4,8 % du PIB), tandis que le Canada s’est montré moins prodigue à cet égard (déficit équivalant à 2,2 % du PIB). Compte tenu des perspectives économiques à long terme, le Canada se trouve sans doute dans une situation plus avantageuse.

Le point sur la situation géopolitique

  • Au cours des six derniers mois, les risques géopolitiques se sont propagés d’une région à l’autre.
  • Il n’y a pas si longtemps, les préoccupations concernaient essentiellement la nouvelle politique agressive des États-Unis à l’égard de la Corée du Nord. Cependant, les deux pays s’en sont tenus à une guerre de mots. Les Jeux olympiques d’hiver en Corée du Sud ont suscité une détente bienvenue et la Corée du Nord est à présent engagée dans des négociations diplomatiques avec des acteurs clés, comme la Chine et les États-Unis. En théorie, la dénucléarisation fait partie des points discutés, mais sa réalisation reste peu probable en pratique. En fait, comme nous l’avons toujours dit, la situation en Corée du Nord a peu évolué au cours des dernières décennies ; son incidence sur l’économie et les marchés financiers mondiaux reste négligeable.
  • Récemment, le risque de guerre entre l’Arabie saoudite et l’Iran a suscité une vive inquiétude. Un tel conflit serait catastrophique, car il déstabiliserait le Moyen-Orient et provoquerait un choc pétrolier. L’antagonisme entre les deux pays demeure profond, comme le montrent la guerre par factions interposées au Yémen et leurs efforts pour accroître leur influence sur l’ensemble du Moyen-Orient. Néanmoins, le risque d’une confrontation directe semble avoir diminué.
  • La Syrie est revenue à l’avant-scène après l’attaque menée conjointement par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni contre des usines d’armes chimiques présumées. Dans ce conflit aux nombreuses facettes, les forces occidentales s’opposent au gouvernement syrien et à la Russie. De toute évidence, les risques ont augmenté. Toutefois, les frappes ont été limitées et elles n’ont pas été suivies de représailles pour le moment. La dynamique fondamentale n’a donc pas changé.
  • Aux États-Unis, le procureur spécial poursuit son enquête sur la campagne de M. Trump et les parties liées. Compte tenu des récentes perquisitions menées chez l’avocat du président américain et des graves allégations formulées par l’ancien directeur du FBI, James Comey, il faut continuer d’envisager le départ prématuré de M. Trump. D’un côté, l’enquête semble prendre un tour de plus en plus sérieux. De l’autre, la fin prévue du mandat présidentiel approche de jour en jour. Par conséquent, nous estimons toujours à 30 % la probabilité que le président Trump quitte ses fonctions avant la fin de son premier mandat. Reste à savoir si le marché réagirait favorablement à un tel événement. Le chaos initial aurait des effets négatifs ; le processus législatif serait suspendu pendant un certain temps (ce qui peut être bon ou mauvais), mais en reprenant les rênes, le président Pence mettrait fin aux intrigues et adopterait une politique économique bienveillante à l’égard des entreprises.
  • Au final, n’oublions pas que les risques géopolitiques se concrétisent rarement et lorsque c’est le cas, leur incidence sur l’économie et les marchés financiers est généralement de courte durée. Par conséquent, il est déconseillé d’investir en se fondant sur les prévisions géopolitiques.
  • En fait, le seul risque qui mérite d’être pris en compte se rapporte à une situation qui évolue très lentement et qui aura des répercussions à long terme. Il s’agit de l’ascension de la Chine sur la scène mondiale, tandis que les États-Unis se replient sur eux-mêmes. La Chine fait figure de puissance économique depuis longtemps, mais à présent, elle exerce aussi une influence grandissante sur les relations internationales. Sans surprise, cette transformation crée avec les États-Unis des frictions susceptibles de se répercuter sur la conjoncture macroéconomique.

Avant-goût de la décision de la Banque du Canada

  • Selon toute vraisemblance, la Banque du Canada n’a pas encore arrêté la décision qu’elle prendra mercredi, les marchés établissant la probabilité d’une hausse des taux à un niveau non négligeable de 20 %. Il est déjà arrivé que la Banque du Canada ait fait un pied de nez aux marchés, signe qu’un relèvement des taux est parfaitement possible. Nous estimons cette probabilité à 30 %, ce qui est supérieur aux prévisions générales, mais nous convenons en définitive qu’une pause est plus probable.
  • Voici certains arguments en faveur d’un relèvement :
    • Plusieurs mesures de l’inflation au Canada dépassent maintenant (légèrement) la cible de 2,0 %.
    • Le marché du travail canadien se porte très bien. Le taux de chômage est inférieur à 6 % et les récents gains d’emplois ont calmé les appréhensions entourant le faible résultat de janvier.
    • La politique monétaire actuelle étant très expansionniste, il revient aux colombes, soit les partisans du statu quo, d’expliquer pourquoi il ne devrait pas y avoir de hausses des taux.
  • Les arguments en faveur d’un maintien des taux semblent toutefois susceptibles de l’emporter.
    • Le protectionnisme est un risque important et reconnu pour l’économie canadienne.
    • Il est essentiel de souligner que nous pourrions en savoir beaucoup plus sur la politique commerciale lorsque la Banque du Canada prendra sa prochaine décision en mai, étant donné les attentes concernant la possibilité qu’une entente sur l’ALENA soit conclue d’ici là. Il serait donc raisonnable de reporter toute hausse souhaitée jusqu’à ce que la situation se précise.
    • Les conditions financières se sont quelque peu resserrées, le dollar canadien s’étant notamment apprécié. Par conséquent, d’autres variables financières ont déjà l’effet que produirait un relèvement des taux par la Banque du Canada.
    • Les signaux macroéconomiques s’atténuent légèrement, tant à l’échelle mondiale qu’au Canada. Il n’y a pas d’élément décourageant, mais il serait intéressant de déterminer si un point d’inflexion vient tout juste d’être atteint, ou s’il s’agit simplement d’un épisode normal de volatilité de l’économie.
    • Le ralentissement du marché du logement canadien est désormais manifeste. Dans la mesure où ce refroidissement était l’un des points les plus pressants à l’ordre du jour de la Banque du Canada, il réduit le besoin de relever les taux.

Essentiellement, les signaux économiques actuels sont suffisamment robustes pour justifier une hausse des taux, mais un certain nombre de risques et d’obstacles se profilant à l’horizon incitent à la prudence. En revanche, une hausse des taux en mai est tout à fait possible. Nous tablons sur deux relèvements des taux au cours des 12 prochains mois, ce qui est un peu inférieur aux attentes générales.




9 avril - 13 avril 2018

Webémission sur l'économie  |  Le protectionnisme en bref  |  Importants progrès dans les négociations de l'ALENA  |  Une nouvelle ronde de tarifs visant la Chine ?  |  Recul des dépenses de consommation en Chine  |  Le marché chinois du logement se calme aussi  |  Marché américain du logement  |  Données récentes


2 avril - 6 avril 2018

Repli des marchés  |  Du nouveau concernant le protectionnisme  |  Ralentissement au Canada  |  Aperçu des données


26 mars - 30 mars 2018

Le contexte protectionniste  |  Le point sur l'acier et l'aluminium  |  Tarifs imposés à  la Chine  |  Le point sur l'ALENA  |  Statistiques


12 mars - 16 mars 2018

Du nouveau concernant le protectionnisme  |  Vulnérabilités du système financier canadien  |  Statistiques économiques  |  Réglementation antitrust et secteur de la technologie


5 mars - 9 mars 2018

Webémission mensuelle sur l'économie  |  Imposition de tarifs sur l'acier et l'aluminium  |  Résultat de l'élection en Italie  |  Congrès national du Peuple chinois  |  Autres éléments


26 février - 2 mars 2018

Relance budgétaire aux États-Unis  |  Resserrement des conditions financières  |  Aperçu du budget du Canada  |  Du nouveau concernant le protectionnisme  |  Élection en Italie  |  Statistiques


12 au 16 février 2018

Encore une nouvelle du marché  |  Une réduction de l’assouplissement quantitatif fort heureusement asymétrique  |  Hécatombe sur le marché canadien de l’emploi  |  Nouvelles de moindre importance


5 au 9 février 2018

Webémission émensuelle  |  Déprime des marchés  |  Dix ans après la crise financière  |  Facteurs de moindre importance


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