#MacroMémo

Sur notre radar cette semaine

Share




Chaque semaine, Eric Lascelles, économiste en chef de RBC Gestion mondiale d'actifs, fait le point sur l'actualité économique.


18 juin - 22 juin 2018

Banques centrales  |  Brexit  |  Protectionnisme  | 


Les banques centrales s’activent

  • La semaine dernière, la Fed a continué de mener le bal. En plus de relever le taux des fonds fédéraux à 1,875 %, bien au-delà d’un niveau correspondant à un contexte d’urgence, elle a généralement durci le ton du communiqué accompagnant sa décision. Les prévisions pour la croissance, l’inflation et le taux de chômage sont toutes plus favorables. La médiane du graphique des attentes de la Fed laisse maintenant entrevoir (bien qu’à peine) un total de quatre hausses des taux en 2018, au lieu des trois prévues d’après la tendance centrale précédente. De nombreux petits ajustements à la hausse ont été apportés aux propos, tandis que la mention quant à la nécessité pour le taux directeur de rester inférieur aux moyennes à long terme a été supprimée. Lors de sa conférence de presse, la banque centrale s’est empressée de souligner qu’aucune accélération soudaine du resserrement monétaire ne se dessine à l’horizon, mais la Fed n’est certes pas sur le point de mettre fin au durcissement de sa politique, malgré l’incertitude liée au protectionnisme.
  • La Banque centrale européenne a longtemps fait partie des quelques banques centrales de pays développés encore axées sur la stimulation. En principe, elle l’est encore, l’assouplissement quantitatif devant se poursuivre jusqu’à la fin de 2018. Cependant, la semaine dernière, la banque centrale a présenté son plan visant à sevrer l’économie européenne de la détente monétaire. À moins d’un revirement soudain, la BCE prévoit réduire ses achats d’obligations à compter de septembre et les cesser d’ici la fin de l’année. Elle compte ensuite décréter une première hausse des taux aux environs de septembre 2019. Ce signal a devancé les attentes du marché (et les nôtres) et est interprété comme un resserrement. Cependant, le moment prévu pour la première hausse, soit à l’automne 2019 plutôt qu’à l’été de la même année, comme on l’avait cru, contredit largement ce point de vue. Malgré tout, l’essentiel est qu’une autre banque centrale d’envergure prévoit amorcer un cycle de resserrement.
  • Qu’en est-il de la Banque du Japon ? Elle reste à la traîne, déterminée à conserver des taux d’intérêt extrêmement bas plus longtemps que l’ont fait les autres banques centrales en raison de la faiblesse persistante du taux d’inflation (et d’une dette publique énorme). Des changements s’annoncent toutefois même au sein de la Banque du Japon. Par exemple, le marché établit à 25 % la probabilité d’une hausse des taux au Japon d’ici la fin de 2018. La Banque du Japon achète moins d’obligations d’État que d’habitude. Cependant, cette décision ne découle pas tant d’un raffermissement de l’économie que du fait que la banque centrale n’est pas obligée de défendre activement le plafond du taux des obligations japonaises à 10 ans, établi à +10 points de base.

Le point sur le Brexit

  • Au Royaume-Uni, le Brexit continue de faire l’objet de nombreux conflits indissociables.
    • Fait étonnant, deux ans après le vote sur le Brexit, un bras de fer fondamental continue de se jouer au sein des conservateurs : le départ sera-t-il brutal ou graduel ? Un Brexit relativement doux semble probable, mais rien n’est acquis compte tenu de la situation minoritaire du gouvernement et des difficultés auxquelles fait face la première ministre.
    • Les députés discutent présentement du degré de supervision qu’ils exerceront sur l’accord définitif concernant le Brexit, par opposition à un modèle davantage fondé sur le pouvoir exécutif, où Theresa May aurait le dernier mot. Le vote prévu mercredi prochain s’annonce très serré et devrait déterminer l’équilibre relatif des forces.
    • Alors qu’elle semblait d’importance mineure, la question de la frontière irlandaise demeure centrale. Pour que cette frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande demeure ouverte, le Royaume-Uni doit former une union douanière avec l’UE ou mettre en place une frontière qui couperait l’Irlande du Nord du reste du Royaume-Uni. Pour sa part, le Royaume-Uni a proposé trois solutions de rechange : établir un accord douanier hybride en vertu duquel il percevrait des droits de douane pour le compte de l’UE tout en demeurant une entité distincte, recourir à la « facilitation maximale », c’est-à-dire à des solutions de haute technologie qui réduiraient au minimum les entraves à la circulation causées par une frontière irlandaise, ou reporter la mise en place d’une frontière à beaucoup plus tard. Toutefois, aucune de ces solutions ne semble réaliste et, par conséquent, elles ont toutes été refusées par l’UE.
  • Auparavant, le scénario le plus probable pour le Royaume-Uni était le « modèle canadien », à savoir un accord de libre-échange standard sur les marchandises avec l’UE.
  • Aujourd’hui, c’est plutôt l’union douanière qui a le plus de chances de se concrétiser. En plus de régler la question de la frontière irlandaise et d’assurer la libre circulation des marchandises, cette solution obtient l’appui de la plupart des députés britanniques. De plus, elle permettrait au Royaume-Uni de conserver la mainmise sur son budget, sa politique sur l’immigration et l’essentiel de sa réglementation. Par contre, une union douanière risque d’empêcher le Royaume-Uni de négocier des accords commerciaux distincts avec d’autres pays et n’assurerait pas la libre circulation des services. Dans l’ensemble, ce Brexit « doux » retrancherait entre deux et cinq points de pourcentage du PIB du Royaume-Uni (voir les scénarios dans le graphique ci-dessous).


Le protectionnisme vise maintenant la Chine

  • Notre thèse principale concernant le protectionnisme est que les querelles commerciales sont tolérables d’un point de vue économique, mais que les guerres commerciales ne le sont pas.
  • Heureusement, tout ce que les États-Unis ont fait jusqu’à maintenant se situe dans la première catégorie. Toutefois, il est indéniable qu’en raison de l’accumulation des faibles hausses des tarifs douaniers, les risques d’en arriver à une situation plus problématique s’intensifient.
  • Rien de vraiment nouveau concernant la renégociation de l’ALENA n’a été annoncé cette semaine, mais quelques développements se sont produits du côté de l’axe sino-américain. Ce tournant n’est pas surprenant étant donné que le sommet avec la Corée du Nord est terminé et que les États-Unis n’ont plus besoin de la Chine comme alliée stratégique.
  • Les États-Unis, qui menaçaient depuis longtemps de hausser les tarifs, imposent maintenant des droits de douane de 25 % sur 50 milliards de dollars d’importations chinoises. La première ronde de ces mesures touchera 34 milliards de dollars de produits chinois le 6 juillet. La deuxième ronde de tarifs visant 16 milliards de dollars en valeur d’importations chinoises aura lieu au début de l’automne, après des consultations publiques. Les produits touchés semblent moins axés sur la consommation que ce que nous craignions. Les conséquences seront donc moins visibles pour les consommateurs (mais plus visibles pour les entreprises et les investisseurs). Les tarifs visent dans une mesure disproportionnée à nuire à la réalisation du plan « Fabriqué en Chine 2025 » de la Chine, qui aspire à exceller dans divers secteurs technologiques et industriels.
  • Comme on s’y attendait, la Chine riposte du tac au tac en imposant ses propres tarifs douaniers de 25 % sur 34 milliards de dollars de produits américains essentiellement agricoles pour l’instant et, plus tard, sur 16 milliards de dollars supplémentaires d’exportations américaines comme le pétrole.
  • Il existe des preuves abondantes montrant que les conséquences de ces mesures sur l’économie et l’inflation sont insignifiantes. Elles réduiront peut-être le PIB d’environ 0,1 % et augmenteront l’IPC de chaque pays d’au plus 0,1 %.
  • Les États-Unis menacent désormais d’imposer des tarifs supplémentaires de 10 % visant des produits chinois d’une valeur de 200 milliards de dollars (le double de ce qu’ils envisageaient plus tôt, mais à un taux moindre). Pour sa part, la Chine a laissé entendre qu’elle continuerait d’imiter les États-Unis. Cette escalade aurait des conséquences à peu près trois fois plus élevées sur l’économie et l’inflation.
  • Nous pensons que la relation commerciale entre les États-Unis et la Chine se dégradera probablement davantage, mais que la situation ne dégénérera pas au point où une véritable guerre commerciale éclatera.

Nouvelles intéressantes

  • Sommet sur la Corée du Nord : La rencontre entre le président américain et le dirigeant nord-coréen s’est bien déroulée, dans la mesure où les deux chefs d’État se sont entendus, ce qui réduit le risque d’un conflit militaire à court terme. Cependant, ce risque a toujours été assez faible à notre avis et les concessions que les États-Unis ont accordées à la Corée du Nord sont sans doute démesurées. Il est en effet peu probable que la Corée du Nord abandonne réellement son programme d’armes nucléaires. En outre, d’autres États voyous pourraient être encouragés à suivre son exemple et choisir la voie de l’armement nucléaire afin de gagner en importance sur la scène mondiale.
  • Sommet de l’OPEP : Le prochain sommet de l’OPEP se tiendra vendredi à Vienne et ses résultats sont difficiles à anticiper. Les principaux acteurs, soit l’Arabie saoudite et la Russie, ont déjà commencé à augmenter leur production de pétrole. D’après les observateurs, les deux pays devraient se prononcer en faveur d’une hausse officielle des quotas de production de l’OPEP, du moins en principe. Cette orientation se comprend puisque la production insuffisante d’autres membres de l’OPEP, combinée aux prix élevés et à l’essor de la production de pétrole de schiste aux États-Unis, devrait modérer l’enthousiasme. Toutefois, des pays comme l’Iran, le Venezuela et l’Irak, ceux-là mêmes qui ne produisent pas assez, ne veulent pas d’une hausse des quotas, car ils tiennent à maximiser leurs recettes publiques à court terme. Autrement dit, autant jouer à pile ou face pour prévoir la décision qui sera prise. Il reste que nous nous attendons à ce que les principaux acteurs accroissent leur production dans une certaine mesure, qu’une entente soit conclue ou non.
  • Accord de libre-échange AECG : Le nouveau gouvernement populiste de l’Italie a menacé de mettre fin à l’accord de libre-échange entre le Canada et l’UE. L’entente est déjà mise en pratique, mais son instauration définitive doit être ratifiée par tous les pays concernés. Nous avons déjà signalé ce risque il y a quelques années, notamment dans le contexte de montée du courant populiste. L’accord n’a pas d’incidence déterminante sur les économies visées. Par contre, il représente une victoire symbolique de la mondialisation sur le protectionnisme. Nous croyons que l’AECG a plus de chances d’être maintenu que d’être annulé.
  • Dette des ménages canadiens : Au Canada, le ratio dette-revenu disponible des ménages est tombé à son plus bas niveau en deux ans et continue de révéler une tendance légèrement baissière. Ce recul est d’autant plus remarquable que la tendance s’était maintenue à la hausse pendant de nombreuses années. Le renversement n’est pas si surprenant, étant donné le récent fléchissement de la demande de prêts hypothécaires, l’envolée des salaires et le rythme soutenu de l’embauche observé au cours des dernières années. Cependant, d’autres éléments sont à prendre en considération. Le coût du service de la dette grimpe rapidement en raison de la hausse des taux d’intérêt à l’échelle mondiale. Par conséquent, le fardeau et le risque ne diminuent pas forcément, même si le ratio d’endettement décline.



11 juin - 15 juin 2018

Protectionnisme  |  pressions déflationnistes et bien plus  | 


4 juin - 8 juin 2018

Webémission  |  Stabilisation de la croissance  |  Protectionnisme  |  Résumé


28 mai - 1 juin 2018

Conditions financières  |  Marché canadien du logement  |  Accords commerciaux  |  Politique italienne


14 mai - 18 mai 2018

Sanctions contre l’Iran  |  Nouvelle arme des États-Unis  |  Situation politique en Italie


7 mai - 11 mai 2018

Détérioration des statistiques  |  Corrélation entre les actions et les obligations  |  Au programme cette semaine  | 


30 avril - 4 mai 2018

Hausse des taux  |  FMI  |  Protectionnisme  |  Fed


23 avril - 27 avril 2018

Cycle économique  |  histoire du protectionnisme  |  Chine et Banque du Canada


16 avril - 20 avril 2018

Souvenir des risques budgétaires  |  Le point sur la situation géopolitique  |  Avant-goût de la décision de la Banque du Canada


Afficher les anciennes Archives>



Déni de responsabilité

Regard Sur Les Placements Mondiaux

Cette publication trimestrielle présente des prévisions détaillées pour les placements mondiaux, ainsi que des nouvelles sur l’économie et les marchés des capitaux.

Pour en savoir plus >

Perspectives Actuelles

L'économie canadienne s'est révélée être le « petit train qui va loin». Lisez notre dernier commentaire sur le huard.

Pour en savoir plus